Résumé exécutif
Les dernières évaluations du renseignement américain estiment que la menace de missiles visant le territoire des États-Unis pourrait passer de plus de 3 000 missiles aujourd'hui à plus de 16 000 d'ici 2035 — résultant principalement de la modernisation et de l'expansion des arsenaux chinois et russes, ainsi que de la poursuite des programmes balistiques de l'Iran, de la Corée du Nord et du Pakistan. Il ne s'agit plus uniquement d'une compétition nucléaire, mais de l'émergence d'une véritable course mondiale aux armements conventionnels de longue portée.
0MISSILES AUJOURD'HUI (MENACE SUR LE TERRITOIRE AMÉRICAIN)
0MISSILES PROJETÉS D'ICI 2035
Contexte stratégique
Trois évolutions expliquent cette accélération
Les enseignements tirés des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, où les frappes à longue portée sont devenues déterminantes ; les progrès rapides des technologies hypersoniques, du guidage de précision et de la production industrielle ; et les investissements croissants dans les systèmes intégrés de défense antimissile, notamment le projet américain « Golden Dome ». L'interaction entre capacités offensives et défensives crée un véritable dilemme de sécurité : le renforcement des défenses antimissiles incite les adversaires à accroître et diversifier leurs arsenaux.
Principaux facteurs
Qui développe quoi
Chine
Croissance rapide et tous azimuts
Expansion rapide des missiles balistiques intercontinentaux ; développement massif des armes hypersoniques ; augmentation des missiles de croisière longue portée ; renforcement des capacités de projection navales et aériennes.
Russie
Modernisation éprouvée au combat
Modernisation continue des forces stratégiques ; développement des systèmes hypersoniques Avangard, Kinzhal et Tsirkon ; production soutenue de missiles de croisière malgré les contraintes industrielles ; retour d'expérience opérationnel acquis en Ukraine.
Iran · Corée du Nord · Pakistan
Prolifération régionale
Poursuite de l'amélioration des capacités balistiques, de la précision et de la survivabilité, renforçant les risques régionaux et les besoins en défense antimissile.
Conséquences stratégiques
Cinq conséquences majeures
1. Saturation des défenses — lancements simultanés destinés à submerger les défenses aériennesÉlevé
2. Généralisation des architectures multicouches de défense antimissileÉlevé
3. Compétition industrielle — la capacité de production rivalise avec la taille des arsenauxÉlevé
4. Dissuasion conventionnelle aux côtés des forces nucléairesModéré
5. Diffusion mondiale vers d'autres puissances régionalesModéré
Conséquences pour l'OTAN, les alliés et l'Afrique
Les alliés des États-Unis devront accroître leurs stocks d'intercepteurs, renforcer leurs systèmes intégrés de défense aérienne et antimissile, développer leurs capacités industrielles de défense et améliorer les capacités d'alerte avancée et de surveillance spatiale. Même si l'Afrique n'est pas au cœur de cette compétition, le continent ressentira des effets indirects : hausse des dépenses militaires mondiales pouvant réduire les ressources consacrées au développement ; intensification de la compétition pour les minerais critiques ; renforcement probable des capacités de défense aérienne de certains États ; et multiplication des partenariats militaires avec les grandes puissances.
Appréciation stratégique de AHOMF
AHOMF Intelligence estime que le monde entre dans une nouvelle ère de dissuasion stratégique conventionnelle. Contrairement à la Guerre froide, dominée par les arsenaux nucléaires, la compétition militaire reposera de plus en plus sur la capacité des États à produire, déployer et soutenir de vastes stocks de missiles conventionnels de précision, d'armes hypersoniques et de systèmes autonomes. AHOMF considère que le principal risque stratégique de la prochaine décennie n'est pas nécessairement un échange nucléaire délibéré, mais une erreur de calcul lors d'une crise impliquant des frappes conventionnelles de longue portée à grande échelle.